Le relevé de la couleur à visée restauratrice directe

Auteurs : Romain CeinosPanaghiotis BazosJavier Tapia

Synthèse des paramètres colorimétriques majeurs en dentisterie restauratrice directe
3. Synthèse des paramètres colorimétriques majeurs en dentisterie restauratrice directe

Lors de la mise en œuvre d’une restauration directe en résine composite, le relevé de la couleur reste une étape difficile et sa reproduction est bien trop souvent source de frustration pour le chirurgien-dentiste. La couleur dentaire peut s’avérer complexe et sa fidèle reproduction implique d’une part la bonne compréhension de celle-ci par le praticien, mais aussi l’utilisation de méthodes pertinentes pour y parvenir. Il est primordial de rappeler quels paramètres de la couleurdentaire nous sommes en mesure d’imiter avec les résines composites.

Cet article a pour objectif de démystifier les erreurs imputables aux outils classiques que sont les teintiers et, surtout, de proposer un certain nombre de mesures pour les éviter.

 

Paramètre de la couleur dentaire et corrélation incrémentale

Le succès colorimétrique dans les restaurations directes se révèle un véritable challenge au quotidien. Même une différence de couleur minime peut être perçue par les patients et être à l’origine d’un mécontentement nous contraignant à la reprise de notre traitement [1, 2].

Deux axes de connaissance sont indispensables aux praticiens pour pouvoir prétendre relever la couleur dentaire puis la reproduire à l’aide des résines composites :

– comprendre les paramètres régissant la couleur dentaire naturelle ;

– connaître les moyens de les simuler à travers les différents types de résines contenus dans les kits de résines composites.

Même s’il existe de nombreuses méthodes de stratification des résines composites, la plus communément adoptée reste la stratification naturelle tridimensionnelle [3]. Elle repose sur une distribution incrémentale de résine analogue au modèle histo-anatomique [4, 5] (une coque de résine amélaire remplaçant l’émail et en son cœur l’apport de masses dentinaires en désaturation du collet vers le bord libre remplaçant la dentine) (fig. 1) [6, 7].

1. Une restauration directe stratifiée aux résines composites imite les tissus à remplacer par une spatialisation incrémentale selon le modèle histo-anatomique naturel.

En s’appuyant sur le modèle Teinte-Saturation-Luminosité de Munsell, on peut relier les paramètres régissant la couleur dentaire aux résines censées les imiter [8].

La teinte n’intervient pas dans le choix des masses incrémentales par le praticien : en effet l’ensemble des firmes industrielles développent des systèmes de résine composite possédant une base chromatique dentinaire quasi-identique, contenue dans la plage jaune orangée, comme la dent naturelle.

La saturation, ou quantité de pigments, est principalement dictée par la dentine, elle sera donc logiquement simulée par le choix de la ou des masses incrémentales dentinaires de résine composite.

La luminosité (quantité de gris au sein de la couleur), quant à elle, est due au tissu amélaire ; son degré de clarté sera reproduit par la masse émail de la résine composite. Le choix judicieux du bon degré de luminosité est primordial et conditionnera grandement la réussite colorimétrique [9]. La réflexion lumineuse sera majorée en fonction de l’aspect nervuré de la microgéographie de surface apposée lors des finitions de la restauration à travers les étapes de texturage.

Pour parfaire le relevé de la couleur, le praticien doit rajouter au modèle T-S-L des dimensions colorimétriques secondaires (fig. 2 et 3).

Les études révèlent sans équivoque une absence de normalisation des propriétés fluorescentes entre les différentes marques de résine composite. Dès que plusieurs combinaisons de masses incrémentales sont appliquées, l’aspect optique de la fluorescence est influencé de manière plus ou moins imprévisible. Les conséquences des différentes perceptions colorimétriques d’un point de vue métamérique (couleur perçue en fonction des divers types d’éclairage) et esthétique, au sein des restaurations multicouches, ne sont pas à ce jour encore totalement connues et sont sujettes à controverses. Il est cependant admis qu’un matériau de restauration esthétique ne présente des propriétés optimales que lorsqu’il réfléchit ou disperse la lumière de manière similaire à la dent naturelle (fig. 4). Il est donc recommandé d’utiliser des résines composites contemporaines dont la fluorescence a été calibrée comme étant analogue aux tissus amélo-dentinaires [10, 11]. L’opalescence est particulièrement visible dans les zones où l’émail n’est pas combiné à la dentine. Son aspect est conditionné par la forme des fusées dentinaires, par l’épaisseur de la couche amélaire et sa translucidité. Elle emprunte cinq patterns décrits par le Dr Vanini, dont la visibilité peut être rehaussée par l’utilisation de masses effets bleutés ou ambrés (fig. 5) [12]. Les caractérisations marquant l’aspect visuel de la dent sont imitables à l’aide de maquillants fluides reproduisant plus ou moins en profondeur les différentes taches, stries et fêlures de la restauration [13].

Quelles méthodes employer dans le relevé colorimétrique en méthode directe ?

Malgré la présence de nuanciers en adéquation avec chaque système de résine composite, le praticien est pourtant bien souvent confronté à une certaine difficulté pour reproduire avec exactitude la couleur dentaire par méthode directe. Cette réalité clinique soulève plusieurs questions : quelles sont les sources d’erreurs imputables aux différents types de teintiers dans le processus de sélection de la couleur dentaire ? Quelles sont les alternatives pour réaliser le relevé de couleur le plus précisément possible en restauratrice directe ?

Prérequis indispensable, obtenir l’environnement lumineux adéquat

La capacité à interpréter une couleur est optimisée avec une source de lumière de type « lumière du jour ». En l’absence d’un plafonnier pouvant apporter ce type d’environnement lumineux idéal, l’emploi de dispositifs portatifs se révèle une aide fiable pour épauler le praticien dans son choix (fig. 6) [14, 15].

Ces lampes portatives disposent de formes ouvertes rectangulaires ou rondes permettant une zone d’observation illuminée par un ensemble de LED apportant la température lumineuse optimale de 5 500 K° avec la possibilité d’y adjoindre des filtres polarisants. Ces filtres éliminent les reflets des surfaces brillantes et améliorent la visualisation des détails et des zones de translucidité dentaires pour une meilleure fiabilité d’interprétation visuelle [16, 17]. Plusieurs firmes proposent des appareillages similaires pouvant être couplés aux smartphones, offrant ainsi la possibilité de prendre des clichés photographiques.

Mieux comprendre les teintiers et leurs défauts

En ciblant les systèmes de résine composite utilisés dans la stratification anatomique, les teintiers sont classés selon différentes catégories plus ou moins élaborées : à référentiel Vita ou non, à dichotomie des masses amélaires et dentinaires et à échantillons combinables.

Les teintiers du commerce usités pour la réalisation des restaurations directes regroupent en fait de nombreux biais :

– la plupart des résines composites présentent un changement de couleur significatif après avoir subi une photopolymérisation et ne correspondent plus ou pas avec suffisamment d’acuité à l’échantillon de leur teintier du commerce [18, 19]. La plus grande prudence doit être observée, en particulier pour les résines les plus lumineuses et les moins saturées qui subissent généralement des changements colorimétriques post-photopolymérisation plus importants par rapport aux résines peu lumineuses et hautement pigmentées [20] ;

– la très grande majorité des échantillons de nos teintiers est fabriquée à partir de résines méthacryliques et non en résines composites. Ce type de matériau plastique est incapable de mimer avec précision la véritable couleur de la résine de restauration [21]. De ce fait, les différences de couleur entre les matériaux de restauration et leurs teintiers de référence sont généralement assujetties à notre capacité de distinction colorée, le « décalage » de couleur y est tangible [22].

Les teintiers non combinables permettant de dichotomiser les masses dentinaires pour sélectionner la saturation et les masses amélaires pour objectiver le degré de luminosité sont de véritables faux amis pour le praticien. Malgré l’avantage louable de mettre en avant la dimension reine qu’est la luminosité, ils restent les teintiers les plus sources d’erreurs. L’épaisseur des échantillons d’émail de ce type de nuancier est en totale inadéquation avec l’épaisseur réelle employée au sein de la restauration. Le degré de translucidité/opacité de la résine composite amélaire étant corrélé à son épaisseur, une dimension fantaisiste de l’échantillon (supérieure à 0,7 mm) parasitera fatalement notre choix incrémental (fig. 7). Le défaut majeur de ce type de teintier repose sur notre incapacité à préfigurer d’emblée le rendu de couleur émanant de l’association des couches amélo-dentinaires. Son emploi reste donc particulièrement hasardeux quant au résultat final obtenu. Pour pallier cet écueil, un nombre très réduit de firmes commerciales ont mis au point des teintiers dont les masses émail et dentine sont combinables ou préalablement combinées.

On peut citer les teintiers bilaminaires des systèmes Miris2 (Coltene Whaledent) et plus récemment Inspiro (Edelweiss) où l’échantillon de dentine (body) s’insère à l’intérieur de l’échantillon d’émail (skin) pour une prévisualisation de toutes les combinaisons possibles. De meilleurs résultats optiques sont d’ailleurs obtenus par interposition entre le skin et le body d’un film de glycérine afin de neutraliser l’indice de réfraction de l’air entre les échantillons (fig. 8 à 10).

Les teintiers bilaminaires sont performants à bien des égards (possibilité de jauger la luminosité et la saturation séparément, précision de la prévisualisation du résultat final résultant de la combinaison dentine/émail sélectionnée, coque d’émail calibrée en épaisseur), mais n’en restent pas moins limités à l’utilisation de la résine composite pour laquelle ils ont été créés [23].

Les teintiers HFO Enamel plus (Micerium Spa, Bisico) et plus récemment Enamel Plus HRi (Micerium Spa, Bisico) proposent eux aussi une association possible de leurs barrettes amélaires (fig. 11a) avec les dentinaires (fig. 11b) pour prévisualiser le résultat (fig. 12). Sans être à proprement parler combinables (les échantillons ne s’enclenchent pas les uns aux autres), les barrettes du nuancier, grâce à leur tranche triangulaire, offrent plusieurs épaisseurs pour en apprécier les différentes associations possibles (fig. 13). Il est à noter que les teintiers proposés par la firme Micerium sont les seuls sur le marché à être fabriqués en résine composite.

Enfin, le teintier Mosaïc (Ultradent) offre une approche améliorée de la simple dichotomie des masses amélaires aux masses dentinaires. En effet, chaque échantillon dentinaire dispose de deux côtés : un côté dentinaire pur pour voir la saturation seule ; un côté combinant la dentine à une masse amélaire neutre pour apprécier le rendu final espéré (fig. 14). Cette option est intéressante mais limite la prévisualisation amélo-dentinaire à une seule des masses amélaires sur les six proposées par ce système de résine composite.

14. Les échantillons dentinaires du teintier Mosaïc ont deux extrémités, une où seule la dentine est présente (saturation pure), et une en forme d’incisive additionnée à une masse amélaire neutre.

Pour des raisons de marketing, certains fabricants recommandent aux praticiens de reproduire une couleur en technique directe en faisant référence au teintier Vita Classical (fig. 15). Le teintier Classical étant largement répandu au sein des cabinets, l’objectif est ici de séduire le praticien en le confortant dans ses habitudes. Cependant, dans les faits, malgré l’emploi des combinaisons de masses incrémentales recommandées, la couleur obtenue ne correspond pas précisément aux nuanciers correspondants supposés [24, 25]. Cette différence trouve son explication selon divers paramètres. Dans les résines composites dédiées aux méthodes de stratification, les fabricants ne décrivent pas systématiquement l’épaisseur optimale de la couche d’émail finale nécessaire pour produire une couleur donnée. Or, l’épaisseur de la couche d’émail peut modifier de manière critique la couleur globale d’une résine composite, et ce de manière différente d’une marque à l’autre. Par ailleurs, pour une même désignation de couleur Vita (par exemple : A1, A2…), on retrouve des incohérences colorimétriques pour une même nuance donnée entre les différents fabricants de résines composites (fig. 16 et 17) [26, 27].

La méthode du bouton

De nombreux auteurs, pour contourner ce défaut de corrélation entre la résine composite et son teintier, préconisent son abandon au profit d’une vérification colorimétrique in situ sur les surfaces dentaires d’une petite quantité de résine composite photopolymérisée [28, 29]. Cette méthode du bouton (retrouvée dans la littérature anglo-saxonne sous le terme try-in button) est simple et permet d’apprécier la masse dentinaire dans la zone de haute saturation en cervicale et la masse amélaire en bordure incisale, là où l’émail naturel est en plus grande quantité. Pour autant, cette approche n’est pas exempte de défaut. Les plots de résine composite sont appréciés visuellement avec l’association d’un substrat sous-jacent qui parasite le choix. Par ailleurs, le souci majeur réside dans la déshydratation tissulaire : il faut déposer un à un les boutons de résine au niveau des étages cibles coronaires, puis les photopolymériser avant d’en juger le rendu ; or durant cette période de mise en œuvre, l’émail risque de s’opacifier et de fausser totalement le relevé de couleur. En effet, en l’absence du fluide salivaire, il suffit de quelques dizaines de secondes pour que survienne une modification optique de la dent naturelle par déshydratation [30].

Idéalement, cette méthode doit donc être conduite le plus rapidement possible. Enfin, l’apport de la photographie se révèle d’une grande aide afin de sélectionner au mieux les types de résine composite. Un cliché en noir et blanc facilitera le bon choix de la masse amélaire. L’évaluation de la base chromatique, la lecture de la découpe dentinaire au bord libre et la mise en exergue des diverses caractérisations se trouveront grandement facilitées par l’utilisation de la photographie polarisée (fig. 18) [31].

Le teintier personnalisé

Ab initio, on trouve dans la littérature une volonté récurrente d’améliorer la standardisation de la couleur des différentes résines composites mises à la disposition des praticiens [32]. En l’attente de cette hypothétique standardisation des couleurs au sein des matériaux de restauration, et en raison des modifications de couleurs et de translucidité des résines composites post-photopolymérisation, de nombreux auteurs préconisent, pour un choix rigoureux de la couleur, d’utiliser un teintier personnalisé lui-même fabriqué à partir de la résine composite employée [33].

Cette idée d’employer un teintier personnalisé dans le domaine de la dentisterie restauratrice directe n’est pas récente. On retrouve ce concept dès les années 80 au travers d’articles princeps [34-38]. Mais il a fallu attendre les années 90 pour voir posés les premiers jalons de moules préfabriqués dédiés à la réalisation de tels teintiers (T-TabsTM) [39]. En effet, la réalisation « à main levée » d’un nuancier en résine composite est techniquement possible [40], mais se révèle fastidieuse et ne permet pas de calibrer les épaisseurs de résine lors de la fabrication de l’échantillon avec exactitude. Dans leurs travaux, Paolone et al ont dressé un cahier des charges des différents paramètres régissant le teintier personnalisé idéal [41] :

– les échantillons du nuancier doivent être réalisés dans le même matériau que celui utilisé en bouche, donc exclusivement en résine composite ;

– chaque échantillon doit permettre une prévisualisation de la couleur une fois les différentes couches de résine composite stratifiées (association des couches émail et dentinaires entre elles photopolymérisées) ;

– l’épaisseur de la couche de résine amélaire doit être analogue à celle qui sera réalisée cliniquement dans la restauration selon les étages coronaires à reproduire (comprise entre 0,3 et 0,7 mm) ;

– l’échantillon doit reproduire la morphologie d’une incisive avec des épaisseurs incrémentales prédéterminées et reproductibles.

L’épaisseur des masses incrémentales employées a une répercussion sur la couleur finale de la restauration en termes de luminosité, de saturation et de translucidité [42]. Pour obtenir des résultats reproductibles, il est donc indispensable dans un premier temps de calibrer l’épaisseur des couches de résine composite au sein de l’échantillon servant à effectuer le relevé colorimétrique. Dans un second temps, le praticien doit se donner les moyens, à l’aide d’outils pertinents, de reproduire en bouche avec exactitude les épaisseurs similaires à celles du teintier personnalisé [43]. La restitution d’une pellicule de résine amélaire analogue à celle de l’échantillon du teintier personnalisé sur la surface vestibulaire de la restauration peut être facilitée par plusieurs moyens. On peut contrôler les épaisseurs incrémentales via un jeu de clefs en silicone sectionnées ou bien faire appel à des spatules de sculpture spécifiques. En effet, ces dernières années, certains instruments ont émergé, visant à aider le processus de stratification des résines composites. L’indice de réfraction des composites d’émail étant généralement supérieur à celui de l’émail naturel, la couche d’émail finale a tendance à être plus mince que le tissu naturel ne le serait autrement. La firme LM Arte a créé l’instrument LM-Misura (antérieur), qui permet de ménager au sein de la couche dentinaire vestibulaire une épaisseur de matériau de 0,5 mm pour permettre un placement uniforme de la couche amélaire finale [44]. La spatule Calibra In-Out (mise au point par WeRestor.it, commercialisée par Hu-Friedy®) repose sur le même principe de calibration d’épaisseur amélaire tout en apportant une amélioration notable en termes de morphologie de par son profil courbe.

Afin de créer son propre teintier, plusieurs marques mettent à disposition différents moules préfabriqués (fig. 19 à 23). Ils partagent tous un certain nombre de points communs : ils autorisent, grâce à un jeu d’emboîtement entre partie mâle et partie femelle, une calibration des épaisseurs de résine composite ; et les échantillons obtenus disposent de contours similaires à ceux d’une incisive. Les différents moules commercialisés diffèrent par leur design et leur matériau (plastique rigide sous forme de boîtier ou en silicone dur, en une ou plusieurs parties). Leur fabrication est plus ou moins ardue. Il est à noter que certains systèmes optent pour un nombre d’étapes modulable (Custom_Eyes2.0, Bio_Emulation). Tous les teintiers personnalisés proposent un échantillon aux masses dentino-amélaires de résine composite associées à l’exception de l’Asteria shade guide, dont les masses amélaires et dentinaires sont dichotomisées en deux échantillons distincts non combinables.

Si la création du nuancier personnalisé est chronophage, son utilisation pour relever la couleur dentaire en dentisterie restauratrice directe est fiable et rapide. Elle peut être d’autant plus performante si elle est couplée à une analyse des données L*a*b* de l’espace colorimétrique CIE-Lab. Un cliché photographique polarisé (Polar_Eyes, Emulation) à l’espace colorimétrique calibré grâce à une charte de gris neutre permet d’extirper les données numériques L* (luminosité), a* (quantité de rouge), b* (quantité de jaune) de la couleur dentaire à reproduire [45]. Ainsi, en ayant au préalable connaissance des différentes valeurs L*a*b* des combinaisons possibles de la résine composite utilisée, il est dès lors possible de sélectionner l’assemblage de résine composite le plus proche des données numériques obtenues sur la dent à restaurer (fig. 24 et 25) [46].

Cas clinique

Application d’un teintier personnalisé à travers un cas clinique (Dr Javier Tapia)

Couleur et résine universelle

De nombreux praticiens sont en quête de simplification de leurs protocoles et de gain de temps au fauteuil. Pour ceux dont l’adage est « la simplicité est la sophistication suprême » (Leonard de Vinci), l’apport des nouvelles résines composites à technologie universelle ouvre une voie intéressante. Ce type de résine possède une propriété « caméléon ». Une fois photopolymérisée, elle restitue une couleur proche des substrats dentaires environnants [47]. Ce genre de kit de restauration propose un nombre limité de seringues comme les systèmes Filtek Universal (3M) et G-aenial A’CHORD (GC), voire une seule comme les systèmes Omnichroma (Tokuyama) et GC-Universal (GC), pour couvrir l’ensemble des couleurs dentaires. S’il est indéniable que ces nouvelles résines composites universelles sont séduisantes, il est nécessaire d’en connaître les limites. L’effet caméléon de la résine s’ajuste à la couleur de son substrat sans pour autant totalement en copier le rendu optique [48]. Son utilisation occulte la majorité des dimensions colorimétriques secondaires qui restituent la « vitalité » d’une restauration stratifiée. Ainsi, ces nouvelles résines composites se révéleront sans nul doute efficaces en secteur postérieur et, dans une certaine mesure, pour les restaurations antérieures de petits volumes, mais elles ne pourront pas satisfaire à toutes les situations cliniques, en particulier celles requérant un important mimétisme et une forte demande esthétique.

Conclusion

En tant que chirurgiens-dentistes, nous suivons aveuglément les teintiers commercialisés, mais les études ont prouvé de manière concluante que les systèmes de résine composite ne correspondent pas avec exactitude à leurs teintiers dédiés ni à ceux faisant référence au Vitapan Classical [49]. Les deux meilleures alternatives pour relever la couleur en restauratrice sont concrétisées par la méthode du bouton ou l’utilisation d’un teintier personnalisé. Ces deux méthodes sont d’autant plus performantes si elles sont couplées à des accessoires photographiques et numériques. Dans sa conception, le teintier personnalisé se veut au plus proche de la réalité clinique en étant fabriqué à partir du même biomatériau que celui utilisé pour la restauration, avec des épaisseurs incrémentales calibrées de manière reproductible. Sa confection n’en reste pas moins chronophage et onéreuse (dans la mesure où chaque échantillon emploie une certaine quantité de résine composite), mais ces défauts sont largement contrebalancés par le gain de temps au fauteuil et la diminution de reprises des restaurations pour cause d’échecs colorimétriques [50].

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À propos des auteurs

Dr Panaghiotis Bazos
Dr Javier Tapia

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Dernière mise à jour le 28 mai 2026